Les origines du Bazar de la Charité

Le Bazar de la charité est un rendez-vous annuel permettant aux œuvres de charité de se succéder d’un jour à l’autre au cours d’un "salon" où les exposants - ou plutôt les exposantes car il s’agissait exclusivement de femmes - vendaient au profit des plus nécessiteux. Avant même l'époque de notre sécurité sociale, la solidarité était assurée grâce à la générosité privée.




Le décor de l'édition de 1897

En 1897, les organisateurs avaient agrémenté le Bazar de la Charité d’un décor attractif : ils avaient reconstitué une rue du Moyen Âge de 80 mètres de long, provenant d'un décor de théâtre.



Attenant à l’édifice de pitchpin et de toile goudronnée, une petite pièce de bois où se pressait le tout Paris, accueillait l’invention magique qui révolutionnait le monde en ce XIXe siècle finissant : le cinématographe, lequel était équipé d’une lampe fonctionnant à l’éther. Tel était le dispositif, ô combien inflammable, qui allait transformer en un instant cette vente animée par l’espérance et la joie en une épouvantable tragédie marquée par les souffrances et le désarroi.


L’incendie

Une malencontreuse allumette grattée par l’un des techniciens de la projection fit flamber en un instant le flacon d’éther. La flamme jaillit si haut qu’elle embrasa d’un coup les murs et le plafond de la pièce, gagna les charpentes pour se propager, à la vitesse d’un éclair, sur toute la longueur de la toile qui couvrait la grande rue du Bazar de la Charité. Pendant dix longues minutes, les hurlements de douleur fusèrent de tous côtés tandis que les personnes présentes, prises comme dans une souricière, sombraient, tantôt léchées par les flammes, parfois piétinées par l’inconsciente panique qui s’emparait de ces dames. La chaleur fut telle que les fenêtres dans la rue commencèrent à se briser et en vingt minutes la toiture embrasée s’effondra sur la foule. La clameur effroyable fut soudainement remplacée par un affreux silence. La capitale fut plongée dans la consternation et un deuil national fut proclamé.


Les victimes

Ce jour-là, de jeunes enfants disparurent - comme ce petit garçon de cinq ans qui venait trouver au Bazar une famille d’accueil - et des adultes périrent - notamment, la duchesse d’Alençon, née princesse en Bavière, sœur de l’impératrice d’Autriche Sissi et de la reine de Naples. Quand les flammes jaillirent, la duchesse fit preuve d’un courage digne d’un capitaine de navire en affirmant avec fermeté qu’elle sortirait la dernière.

125 personnes tombèrent là, victimes de leur dévouement, auxquelles il faut ajouter au moins 250 blessées, dont certaines très grièvement. On dressa progressivement une liste, qui comptait des enfants, des religieuses, des demoiselles, des mères de familles et des grands mères, sacrifiées dans l’exercice de la charité.

Pour les familles commença alors un calvaire sans fin à la recherche d'un être cher. Ce fut une course folle où des questions demeuraient sans réponse et où la cruauté des certitudes succédait à l'angoisse des incertitudes.


Deuil national

L'appartenance de nombreuses victimes à la haute société, la bravoure et le sacrifice de fidèles serviteurs et enfin la solidarité sans distinction de classe déployée pendant les opérations de secours plongèrent Paris, la France et même l'Europe entière dans une profonde émotion.

Pendant plusieurs jours, les funérailles et les cortèges funèbres se succédèrent à l’entrée des églises et des cimetières. Un service solennel, auquel assista le président de la République Félix Faure, fut célébré à Notre-Dame par le cardinal Richard, archevêque de Paris.

Construction de Notre-Dame-de-Consolation

Les familles en deuil voyaient dans leurs tragédies le dessein de Dieu qui avait permis qu’elles soient confrontées è de si dramatiques épreuves. Désirant se tourner vers celle qui montre la voie de l’espérance, elles firent édifier sur les lieux-même de l'incendie une chapelle sous le vocable de Notre-Dame-de-Consolation. Les travaux de construction furent confiés à un jeune architecte, Albert Guilbert, qui réalisa en deux ans un monument de style néo-classique, lequel lui valut, à l’âge de trente-quatre ans, la médaille d’or de l’exposition universelle de 1900. Consacrée trois ans après l’incendie par le cardinal Richard, la chapelle est depuis plus d'un siècle mise à disposition d'une communauté religieuse.